Thème 1 – Fiche 2

Pour des diplômes ambitieux et des contenus fondateurs d’une culture commune émancipatrice

 

2.1. PFMP

2.1.1 La circulaire de rentrée 2016, spécifique à la voie professionnelle, instaure une semaine de préparation aux PFMP. Outre les dérives que peut entraîner une inculcation excessive des “savoir-être” attendus des entreprises, le SNUEP-FSU considère que, bien avant la parution de cette circulaire, les PLP préparaient déjà leurs élèves à cette première immersion dans le monde professionnel. En conséquence, cette mesure n’a pas lieu d’être formalisée et imposée par circulaire ministérielle aux équipes éducatives.
Par ailleurs, la généralisation de cette semaine de préparation ne saurait, pour le SNUEP-FSU, réduire encore davantage le temps consacré aux enseignements, particulièrement pour les classes de 2nde où la durée de PFMP est déjà excessive. Si cette semaine peut, sur décision des équipes pédagogiques, permettre d’obtenir des habilitations nécessaires ou de travailler sur les “gestes et postures”, elle devra alors être décomptée du temps total de PFMP.

2.1.2. Dans le cadre de PEMP, dont la durée aurait été réduite selon nos mandats, la délégation de formation d’une partie du contenu professionnel à l’entreprise doit être proscrite.

2.2. ENSEIGNEMENT MORAL ET CIVIQUE

La loi de Refondation du 8 juillet 2013 prévoit la mise en place de l’EMC, ce dernier se substituant à l’Éducation civique. Outre les différents problèmes liés aux contenus des programmes (cf. journal n° 87, p. 7), le volume horaire prévu pour cet enseignement, de 0 h 30 par semaine, a été prélevé sur les horaires initialement attribués au groupement “Lettres-Histoire-Géographie”. Par ailleurs, l’évaluation de l’EMC se fait dans le cadre des épreuves d’Histoire-Géographie et certains points communs existent entre les programmes de ces matières. Pour que cet enseignement ne soit pas déconnecté du groupement “Lettres-Histoire-Géographie” et qu’il ne soit pas utilisé comme un moyen pour ajuster les services, le SNUEP-FSU considère que la demi-heure attribuée à l’EMC doit réintégrer ce groupement.

2.3. EGLS ET INTERDISCIPLINARITÉ

Les gouvernements successifs tentent une introduction contrainte de l’interdisciplinarité, notamment à travers l’EGLS, qui a réduit les horaires initialement attribués aux enseignements généraux. Le SNUEP-FSU persiste à s’opposer à une telle mise en œuvre de l’interdisciplinarité.
L’interdisciplinarité peut contribuer à la construction d’une culture commune, comme outil et non comme finalité, à condition qu’elle soit construite à partir d’une réflexion didactique exigeante sur des bases disciplinaires solides.
Le SNUEP-FSU rejette une conception de l’interdisciplinarité qui n’aurait qu’elle-même comme objet : l’interdisciplinarité ne se décrète pas mais se construit. Ce sont les programmes qui doivent être élaborés en cohérence pour favoriser les ponts entre les disciplines. Les projets interdisciplinaires doivent être à la seule initiative des enseignant-es avec les moyens appropriés, et non imposés par le chef d’Etablissement et/ou le corps d’inspection.

2.4. FONCTIONNEMENT DES CPC, CRÉATIONS ET RÉNOVATIONS DE DIPLÔMES

2.4.1. En juillet 2015, le 1er ministre a repris la proposition de la ministre de l’EN d’engager une évaluation des politiques de certifications. Dans le cadre de la Modernisation de l’action publique, le Secrétariat général (SGMAP) a commandé des enquêtes et études à différents ministères et organismes dans le but d’améliorer le fonctionnement des CPC de l’ensemble des ministères certificateurs et de voir comment la CNCP peut gagner en efficacité sur l’ensemble des missions qui lui ont été confiées. L’un des scénarios proposés par l’IGEN permettrait de créer des blocs de compétences homogènes et transférables sur l’ensemble des certifications (publiques et privées). Il s’agirait aussi à terme de simplifier et d’uniformiser les définitions des diplômes et titres délivrés par ces différents ministères. Pour le SNUEP-FSU, il n’est pas question de mettre sur un pied d’égalité les diplômes et titres délivrés par tous les ministères, voire les CQP délivrés par les branches professionnelles par l’introduction des blocs de compétences. Les diplômes délivrés par l’EN doivent garder leur spécificité. L’EN doit garder la main sur l’ensemble de ces certifications qui doivent toujours être enregistrées de droit au RNCP.

2.4.2. Pour autant, certaines créations et/ou rénovations de diplômes pourraient gagner à être menées avec d’autres ministères, notamment l’agriculture, ou la santé. Dans ce cadre, une collaboration entre les CPC de ces différents ministères peut être envisagée. Une étude plus précise sur ce sujet sera à mener en collaboration avec les autres syndicats de la FSU, notamment le SNETAP-FSU.

2.4.3.   La Grande Conférence Sociale de juillet 2014, dont s’était retirée la FSU, a préconisé un nouveau pilotage des CPC. Ce pilotage serait réduit à un binôme constitué d’un-e représentant-e des employeurs/euses et d’un-e représentant-e des salarié-es, en lieu et place du pilotage quadripartite actuel : représentant-es des employeurs/euses, représentant-es des salarié-es, représentant-es de l’État, et représentant-es des syndicats enseignants. Le but recherché par cette préconisation de la GCS serait d’arriver à des définitions et rénovations de diplômes plus réactives et plus en adéquation avec les attentes des branches professionnelles. Le SNUEP-FSU s’oppose à la mise en place du binôme Employeur/Salarié à la tête des CPC, l’expérience montrant que le rapport de force, dans ce pilotage, est très favorable aux employeurs. Le SNUEP-FSU est attaché au quadripartisme dans les CPC, ce dernier garantissant à la fois la faisabilité des référentiels par les enseignant-es, et la valeur des diplômes délivrés par l’EN. Le SNUEP-FSU s’oppose à toute forme de pression sur la durée des créations et/ou rénovations de diplômes. Il est hors de question qu’un délai imposé conduise à des définitions bâclées soumises aux seuls desiderata des employeurs/employeuses.

2.4.4. Pour le SNUEP-FSU, toute création et/ou rénovation de diplôme doit être précédée d’une étude d’opportunité dont les résultats reçoivent l’agrément des 4 parties présentes en CPC. De plus, toute création et/ou rénovation de diplôme doit être suivie d’un bilan régulier et objectif mené par les quatre parties présentes en CPC.

2.4.5.   Pour le SNUEP-FSU, une formation pour tou-tes les enseignant-es, en présentiel, est nécessaire en amont de toute mise en œuvre de création et/ou rénovation de diplôme. Les formations, ciblées sur quelques collègues choisi-es et censé-es « faire tâche d’huile », s’avèrent inefficaces dans ces circonstances.

2.4.6. Certaines rénovations récentes de diplômes ont servi de prétexte au MEN, sous la pression de certaines organisations patronales, pour fusionner des filières (bac pro GA, bac pro PLP, bac pro Commerce et Vente,…). Systématiquement, ces fusions ont vidé les nouveaux diplômes ainsi créés de contenus nécessaires qui étaient pourtant présents avant la rénovation. Régulièrement, les rénovations permettent aussi la substitution de certaines épreuves ponctuelles terminales par de nouveaux CCF ou autres portfolios. Le SNUEP-FSU reste attaché à ce que chaque diplôme de l’EP soit lié à un métier clairement identifié et s’oppose à l’appauvrissement des contenus d’enseignement à l’occasion des rénovations et fusions de diplômes. Ainsi, pour le SNUEP-FSU, aucun diplôme ne saurait être lié aux seules activités d’un poste de travail précis d’une seule entreprise.

2.4.7. Dans le domaine des Arts appliqués, le transfert des BTS et DMA vers le système LMD aurait pour conséquence leur sortie du champ d’action des CPC. Malgré une maquette de formation, les contenus des licences pourront être différents d’un établissement à l’autre. Une organisation en pôles semble être retenue et pourrait restreindre géographiquement l’accès à ces formations. Si il est possible, pour l’instant, aux PLP concerné-es de continuer à intervenir dans ces formations, le SNUEP-FSU, aux côtés du SNES-FSU et du SNESup-FSU, sera vigilant sur les conséquences en termes de conditions de recrutement, de travail et de rémunération.

2.4.8. Le SNUEP-FSU s’engage à mettre en place une grande campagne d’information contre la casse des diplômes professionnels.

2.5. BLOCS DE COMPÉTENCES ET DIPLÔME INTERMÉDIAIRE

2.5.1. Le SNUEP-FSU s’oppose à l’introduction des blocs de compétences en formation initiale. En effet, ils ne sont d’aucune utilité particulière pour les décrocheurs/euses, la législation actuelle garantissant déjà nombre de possibilités (certificat professionnel de fin d’études, conservation des notes, droit au redoublement, droit au retour en formation…). Ces blocs de compétences ouvrent la porte à un saucissonnage des diplômes et à la création d’un niveau de qualification infra V.

2.5.2.   Le MEN a pris l’initiative d’organiser des GT sur le positionnement du DI. Pour le SNUEP-FSU, le CAP doit être clairement déconnecté du DI et bénéficier d’une préparation lui étant propre. Des places supplémentaires doivent donc être ouvertes en nombre suffisant. Concernant le BEP, il semble perdre de sa valeur d’insertion professionnelle, et représente un alourdissement de la charge certificative. Cependant, il reste le 1er niveau de qualification reconnu pour beaucoup de jeunes. À ce titre son maintien semble légitime pour faciliter l’obtention, par chaque jeune, d’un premier diplôme, en cas d’abandon en Tle. Ainsi, le SNUEP-FSU est favorable au maintien du BEP en fin de 1re.
Dans ce cadre, une certification intégrée à la certification du bac pro permettrait de faire baisser la pression certificative pour le DI donc pourrait améliorer les conditions d’études des élèves et de travail des personnels.

2.6. DÉVELOPPER LA CULTURE PROFESSIONNELLE À TOUS LES NIVEAUX

2.6.1. Le professionnel et le personnel sont dépendants l’un de l’autre dans tous les secteurs de la société, y compris dans toutes les filières proposées à l’École. Dans ce cadre, la culture professionnelle doit faire partie intégrante de la culture commune.

2.6.2. À l’opposé d’une vision utilitariste, la culture professionnelle doit avoir une visée émancipatrice et apporter tout ce qui est nécessaire au/à la futur-e salarié-e pour penser son métier, faire évoluer son travail et être capable de transmettre ses savoirs professionnels. La culture professionnelle est donc un ensemble de connaissances qui font sens dans le travail et le monde du travail. La limitation de la culture professionnelle à l’empilement de compétences individualise le travail et ne donne pas l’accès aux savoirs.
La culture professionnelle à l’École doit permettre à chaque futur-e travailleur/euse de comprendre les causes, les conséquences et les méthodes utilisées pour obtenir un résultat voire le dépasser. Dans ce cadre, elle doit convoquer des connaissances solides du milieu économique dans lequel les salarié-es évoluent pour leur permettre de réellement s’accomplir et non d’être mis-e à disposition.

2.6.3. Construire la culture professionnelle passe par un repositionnement, dans les contenus d’enseignement, du sens du collectif pour le « vivre ensemble » plutôt que le dogme de l’individualisme pour le profit. Les éléments de la culture professionnelle doivent donner aux élèves les éléments leur permettant de penser leur futur métier, de contribuer à l’améliorer, de comprendre le milieu économique et social dans lequel ils/elles évolueront, d’avoir une conscience collective de leur rôle dans le monde professionnel et dans la société.

2.7. VALIDATION DU SOCLE ET LIVRET DE COMPÉTENCES

2.7.1. Le LSU est un outil de casse de la liberté pédagogique et des diplômes, imposant évaluation et approche didactique. Aussi, en obligeant les enseignant-es à compléter pour chaque trimestre les parties de programmes traitées, le LSU participe du manque de confiance envers les collègues et surtout de leur asservissement. Le SNUEP-FSU ne l’accepte pas et appelle les collègues à ne renseigner que les appréciations générales disciplinaires (constats et conseils) en utilisant l’indicateur d’évaluation qu’ils/elles souhaitent. Le SNUEP-FSU refuse toute attestation de compétences numériques. De manière plus générale, le SNUEP-FSU s’oppose fermement à la généralisation de l’évaluation par compétences tout au long de l’année scolaire et à la réalisation de bulletins trimestriels ou semestriels sur la base de ce seul mode d’évaluation.

2.7.2. Les 8 pseudo-compétences du socle évaluées sur une échelle de 1 à 4, les épreuves terminales et l’oral sur projet, mis en place dans la précipitation, ne rendent le DNB ni plus léger ni plus lisible qu’auparavant. Elles sont génératrices d’un travail superflu pour les enseignant-es. Pour le SNUEP-FSU, le DNB doit valoir validation du socle, y compris le DNB Pro, mais sans nécessité d’évaluer les domaines en tant que tels. Par contre, toutes les disciplines, en particulier celles du DNB Pro, doivent être évaluées en tant que telles.

2.7.3. Dès l’année scolaire 2016-2017, les élèves sortant de 3ème devront avoir validé le nouveau socle de connaissances, de compétences et de culture par l’intermédiaire du livret scolaire unique (LSU), y compris les élèves scolarisé-es dans les classes de 3ème PEP. Celles et ceux pour lesquel-les le LSU n’aura pas été validé à l’issue de ce cycle devront en poursuivre la validation au lycée. Or, ce livret limite les attendus de formation aux seules connaissances et compétences nécessaires à l’obtention du DNB, il accroît la charge de travail des collègues et conduit à devoir mener à bien deux tâches simultanées impossibles, en l’état, à concilier : valider les attendus du socle et progresser dans le programme de 2nde. Le SNUEP-FSU exige que d’autres outils adaptés à la voie professionnelle soient mis en place pour la validation de ce socle, et que les enseignant-es bénéficient d’une formation digne de ce nom pour les mettre concrètement en œuvre.

2.8. LE NUMÉRIQUE 

2.8.1. Depuis plusieurs années, il est régulièrement annoncé que l’École est entrée dans l’ère du numérique ! Le numérique peut être un outil efficace pour les enseignements, mais des dérives se concrétisent dans l’injonction à faire du numérique pour le numérique… Le numérique est un moyen, mais pas une fin en soi. Actuellement, certains pays pourtant considérés comme à la pointe du développement du numérique font machine arrière. De plus, au-delà des seules possibilités d’équipement, le numérique est source d’iniquité, y compris dans ses usages, pour les différentes catégories socioprofessionnelles. Pour le SNUEP-FSU, l’usage du numérique à l’École doit se borner aux utilisations pédagogiques réellement utiles aux enseignements. Ces enseignements doivent systématiquement comporter une part de sensibilisation aux dangers du numérique ou à la pertinence de son usage.

2.8.2.   Par ailleurs, le SNUEP-FSU revendique une réelle formation des enseignant-es sur les usages du numérique leur permettant de mettre à jour leurs connaissances tout au long de leur carrière. Cette formation devrait, elle aussi, comporter des modules permettant de sensibiliser les élèves aux dangers du numérique, mais également inclure des notions de pédagogie de l’algorithme et une dimension de réflexion didactique sur l’usage du numérique.

2.8.3. Le SNUEP-FSU revendique qu’une étude indépendante soit menée autour de l’impact qu’a le numérique sur les évaluations certificatives. Par ailleurs, le SNUEP-FSU s’opposerait à toute généralisation des « expérimentations » coûteuses qui sont souvent menées sans réel recul scientifique et sans les moyens dédiés aux expérimentations.

2.8.4. La question de la maintenance informatique, qui relève des régions, doit être résolue. La place du numérique oblige à ce que cesse le bricolage qui existe dans nos établissements. L’État et les collectivités territoriales doivent se mettre autour de la table et apporter des réponses pérennes en matière d’emplois dédiés et de ressources matérielles.