Thème 1 – Fiche 1

Construire une orientation scolaire
pour des parcours ambitieux et diversifiés, accessibles à toutes et tous

 

1.1. PERMETTRE UNE CONSTRUCTION DE L’ORIENTATION

1.1.1. Pour « éclairer » les élèves et leur famille dans leur choix, le gouvernement envisage de communiquer les taux d’insertion professionnelle en distinguant le mode de formation (scolaire ou apprentissage). Cet affichage « permettrait » de mieux orienter les élèves vers les métiers en manque de main d’œuvre. Pour le SNUEP-FSU, la décision de communiquer les taux d’insertion professionnelle ne représente pas une solution aux questions de l’orientation. Cette unique communication est malhonnête car elle cache d’autres données importantes. Si elle se fait, les taux d’abandon et de poursuite d’études en fonction de la voie doivent aussi être rendus publics, sans biais. Pour autant, le SNUEP-FSU refuse que les informations de l’orientation soient guidées par un adéquationnisme illusoire qui biaise le choix du jeune.

1.1.2. Les contenus du parcours Avenir relèvent plus d’une vision entrepreneuriale, voire d’une culture d’entreprise, que d’une préparation à la connaissance des métiers. De plus, le parcours Avenir rend seul responsable l’élève, et sa famille, de son orientation.
Le SNUEP-FSU considère que la découverte des métiers passe par la culture professionnelle au sein de la culture commune, c’est-à-dire dans les programmes disciplinaires de collège et de lycée. Le parcours Avenir doit être abandonné.

1.1.3. L’utilisation faite des indicateurs de performance (taux d’orientation vers la 2nde GT, vers l’enseignement supérieur…) participe à la dévalorisation de l’enseignement professionnel. Au collège, le taux d’orientation vers la 2nde GT est retenu comme pertinent, niant de fait les parcours de réussite en LP. Ces indicateurs doivent être abandonnés dans les EPLE.

1.1.4. La rentrée 2016 a vu la mise en place du 3e tour d’affectation d’octobre. Ce dispositif dénigre de fait le travail des acteurs de terrain. Il doit être abandonné. Le SNUEP-FSU réaffirme la nécessité d’un traitement au cas par cas des réorientations et passerelles via des commissions pluriprofessionnelles (cf. corpus). Cela nécessite de dégager du temps et des moyens, notamment l’ouverture de places suffisantes.

1.1.5. La suppression du redoublement impose des orientations vers la voie professionnelle à des élèves non motivé-es. Cette orientation « forcée » ou « par défaut » dévalorise la formation professionnelle initiale sous statut scolaire.
Malgré des discours promouvant l’égalité des 3 voies du lycée, les pressions restent fortes envers les élèves de 3ème pour qu’ils/elles s’orientent avant tout en 2nde GT. Dans la continuité, les incitations à préférer une orientation en 1re technologique plutôt qu’une passerelle vers la voie professionnelle à l’issue de la 2nde GT sont de plus en plus prégnantes, via des procédures biaisées. Le SNUEP-FSU le dénonce et demande à ce que toutes les orientations possibles apparaissent dans les documents de préparation à l’orientation.

1.2. DES PROCESSUS D’AFFECTATIONS DES JEUNES DÉBATTUS ET TRANSPARENTS

1.2.1. L’affectation dans l’enseignement professionnel ne doit plus être subie par les élèves et les familles. Elle doit correspondre au projet de l’élève, indépendamment de ses résultats scolaires.
Le projet professionnel de l’élève doit être réellement pris en compte. Cela suppose une augmentation des capacités d’accueil et d’accepter la multiplication des passerelles.
Le SNUEP-FSU refuse que des places soient réservées pour des apprenti-es.
Tout en maintenant ses mandats sur l’affectation des élèves au lycée (cf. corpus), le SNUEP-FSU exige la transparence sur les critères retenus dans Affelnet par les rectorats et IA et qu’ils soient rendus publics. Ces critères doivent être débattus dans les instances représentatives de l’EN. Les élèves et leurs parents, tout comme les enseignant-es, COPsy et chef-fes d’établissement doivent en avoir connaissance.
La prise en compte des notes est source d’iniquité : les réalités des collèges d’origines sont disparates, pénalisant certain-es élèves et favorisant d’autres.
Le SNUEP-FSU préconise l’attribution de points par l’équipe pédagogique en fonction des demandes de l’élève et de son profil. Une immersion en enseignement professionnel en LP (mini-stage) avec une évaluation pour la formation demandée pourrait être prise en compte.
Les élèves de 3ème PEP doivent être prioritaires sur les demandes d’affectation dans l’enseignement professionnel car ils sont déjà sur une démarche d’orientation professionnelle.

1.2.2. Malgré la publication de l’algorithme d’APB, la procédure d’affectation dans l’enseignement supérieur reste opaque. En lien avec un accroissement des capacités d’accueil dans le public, elle doit être revue. L’annonce des critères retenus doit être claire et réalisée dès le début de l’année de terminale. Les critères doivent permettre la satisfaction des candidat-es sur leur vœu 1 et un accès des élèves boursier-es aux formations du service public.
Le SNUEP-FSU demande la suppression d’APB.
L’affectation dans les sections contingentées doit se faire par des commissions d’équipes pluriprofessionnelles de l’EN (enseignant-es, COPsy, chef-fes d’établissement, assistantes sociales).

1.2.3. Les modalités d’affectation en lycée et dans l’enseignement supérieur doivent être identiques nationalement.

1.2.4 L’affectation en STS sur seul avis du conseil de classe de Tle bac pro est expérimentée cette année de manière floue, empêchant toute évaluation pertinente. Si le SNUEP-FSU acte positivement la prise en compte de l’avis de l’équipe pédagogique de Tle bac pro quant à l’affectation en STS, tendre vers l’équité d’affectation de tou-tes les élèves nécessite néanmoins une double appréciation : équipes pédagogiques de Tle bac pro et de l’enseignement supérieur. Cette appréciation doit être établie sur des critères nationaux clairement définis, objectifs et circonstanciés.

1.3. L’ENSEIGNEMENT PROFESSIONNEL POUR TOU-TES DANS LE CADRE DU MINISTÈRE DE L’ÉDUCATION NATIONALE

1.3.1. Les modalités de création de la 3ème préparatoire aux formations professionnelles (PP) en 2011 n’étaient pas acceptables (aucune discussion, généralisation avant toute expérimentation…). Le SNUEP-FSU était aussi critique quant à certaines modalités (globalisations et annualisation des horaires, AP…) augmentant les inégalités et désorganisant les établissements. Certaines académies avaient pris le parti de ne pas respecter les textes en supprimant par exemple la 2nde LV. Le SNUEP-FSU le dénonce.

1.3.2. La réforme du collège 2016 pouvait être l’occasion d’un réel débat sur la place de la 3ème PP et de son contenu. Cela n’a pas été le cas. Les retards pris pour la parution des textes, au départ incohérents, et la mise en œuvre des dispositifs illustrent le peu de cas fait pour les élèves de ces classes. Pour le SNUEP-FSU, le changement positif de l’appellation – enseignement au lieu de formation – ne supprime pas les aspects néfastes des textes réglementaires.

1.3.3. La rentrée 2016 s’étant préparée sans que les textes définitifs soient parus, des heures d’enseignement, notamment professionnelles ont été supprimées dans les académies. Le flou volontaire laissé pour certaines disciplines empêche le travail des enseignant-es. La liberté pédagogique est entravée. L’année scolaire a débuté sans connaissance des attendus des programmes scientifiques et du DNB Pro, dont les spécificités, par rapport au DNB « général », n’étaient pas connues. Même si quelques moyens supplémentaires sont alloués, la réforme tend vers moins de professionnel, ne résout pas les anciennes problématiques et n’octroie pas les moyens nécessaires.

1.3.4. Pour le SNUEP-FSU, l’organisation de la classe de 3ème PEP doit être revue :
– L’affectation en 3ème PEP doit se baser sur des critères définis nationalement, une commission départementale statuant sur les candidatures. Un bilan de l’orientation de ces élèves doit être établi et publié ;
– Une dotation horaire professeur doit être allouée par discipline pour permettre des dédoublements, notamment pour la découverte professionnelle (DP).
– La DP ne peut consister uniquement en du hors sol couplé à des visites d’entreprises ou d’ateliers ; les élèves doivent pouvoir pratiquer dans les plateaux techniques, en limitant la taille des réseaux d’établissement.
– Le volume horaire dédié à l’enseignement de complément de DP doit être de 6 h hebdomadaires.
– Pour éviter toute iniquité entre élèves devant l’épreuve ponctuelle de Sciences du DNB Pro, le volume horaire de Sciences et technologie (4,5) doit être réparti également entre les trois disciplines.
– L’accompagnement personnalisé ne doit pas être pris sur le temps disciplinaire.
– Les enseignements pratiques interdisciplinaires doivent être abandonnés, la définition d’objets d’études communs à plusieurs disciplines permettant un travail en pluri ou interdisciplinarité.
– Les programmes du cycle 4 doivent contenir des repères annuels forts.

1.3.5. Généraliser la découverte professionnelle : dans le cadre de la culture commune, la DP doit bénéficier à tou-tes les élèves. En lien avec un enseignement de technologie refondé, tou-tes les élèves de collège doivent bénéficier de temps en plateau technique.

1.3.6 Des moyens renforcés pour les 3ème PEP

L’existence de cette classe permet à quelques élèves de se remotiver et d’envisager une orientation positive.
À défaut de proposer un enseignement de découverte professionnelle pour tou-tes, la 3ème PEP doit être renforcée :
– moyens supplémentaires significatifs pour lutter contre le décrochage et permettre une pédagogie adaptée ;
– 6 heures hebdomadaires effectives de DP (hors technologie) réalisées en effectifs réduits sur des plateaux techniques de LP par des enseignant-es des domaines professionnels.
Le terme « préparatoire » sous-tend que le collège unique ne devrait préparer qu’aux cursus généraux et technologiques. Pour le SNUEP-FSU, appeler ces classes « 3ème à découverte professionnelle » est plus pertinent.

1.4. LE NIVEAU V ACCESSIBLE À TOUTES ET TOUS

Certaines spécialités de CAP sont presque exclusivement proposées en apprentissage alors qu’elles offrent de forts débouchés et attirent de nombreux jeunes. Pour le SNUEP-FSU, c’est un des échecs de la rénovation de la voie professionnelle.
Une véritable offre de formation en CAP est nécessaire afin d’accueillir les jeunes qui n’ont pas encore acquis les compétences pour accéder à une formation de niveau IV, et ainsi lutter contre le décrochage en leur offrant une formation adaptée. Les pouvoirs publics doivent réinvestir le CAP en le développant sous statut scolaire dans les LP et Érea.

1.5. PERMETTRE LES PARCOURS VERS UN NIVEAU IV AMBITIEUX

1.5.1. Les classes de 2nde à champs professionnels, parfois dites POP, diminuent le temps alloué à l’enseignement professionnel. De plus, les choix d’élèves seront automatiquement limités par les structures proposées par les établissements.
Ces classes ne sont pas acceptables dans le cadre du bac pro en 3 ans et ne doivent pas servir à expérimenter ou préparer la fusion des diplômes.
Elles posent problème quant au financement des équipements et matériels (pour quelle formation au final) et à leur gestion dans l’année. La répartition de la découverte des différents champs professionnels doit être cadrée.
Pour les jeunes n’ayant pas défini leur orientation, une année de détermination balayant plusieurs champs professionnels est, pour le SNUEP-FSU, envisageable dans le cadre d’un parcours d’accès au niveau IV en 4 ans. Cette classe ne doit pas être envisagée ou utilisée comme une destinée d‘élèves en difficulté scolaire ou n’ayant pas obtenu l’affectation souhaitée.

1.5.2. Des passerelles peuvent exceptionnellement être envisagées directement en 1ère professionnelle à condition que ce passage soit réellement préparé en fin de 2nde GT par les équipes pédagogiques.

1.6. POUR DES CONDITIONS D’ÉTUDES DES ÉLÈVES RENFORÇANT LA RÉUSSITE ET RÉDUISANT LES INÉGALITÉS

1.6.1. Des élèves sont refusé-es en LP par manque de places contrairement aux LGT (sauf filières contingentées telles que ST2S, STL, STMD…). Le SNUEP-FSU est favorable à une dotation à la structure offrant suffisamment de places pour faire face aux demandes des élèves.

1.6.2. Avec le droit opposable au retour en formation, celui au redoublement en Tle bac et la multiplication des passerelles, des moyens supplémentaires spécifiques dédiés sont nécessaires. Un-e candidat-e recalé-e au bac pro pouvant redoubler sa Tle de droit dans le même établissement, des capacités d’accueil doivent être créées autant que nécessaire, avec les moyens horaires et financiers inhérents.
Le SNUEP-FSU demande la même assiduité pour tou-tes les élèves sans dispense de cours.

1.6.3. Permettre des poursuites d’études en accroissant l’affectation des bachelier-es professionnel-les en STS nécessite l’accroissement du nombre de places et de sections.

1.6.4. La carte des formations professionnelles doit prendre en compte certaines contingences économiques locales pour permettre aux élèves de suivre des PEMP mais s’affranchir de la seule adéquation formation/emploi. Le SNUEP-FSU revendique une réelle reprise en main des cartes de formation par les rectorats afin de ne pas réduire les choix d’évolution aux besoins locaux et immédiats des seules entreprises, tout en proposant une offre de formation plus large et diversifiée.

1.6.5. La réduction des inégalités passe entre autres par l’existence des 3 voies de formation au lycée en des lieux communs favorisant la mixité sociale. Le SNUEP-FSU exige d’être associé à toute réflexion menée sur la mixité sociale.
De nouveaux LP doivent être construits. La construction et l’ouverture de nouveaux lycées doivent prendre en compte les 3 voies du lycée sous statut scolaire.
Le SNUEP-FSU refuse les transferts et fusions d’EPLE à marche forcée, prétexte d’économie de moyens. Les LP existants doivent conserver leur spécificité et ne pas voir leurs moyens dilués par leur transformation en SEP.
Le SNUEP-FSU dénonce la globalisation des horaires dans les LPO (fongibilité des heures entre les voies). Chaque voie doit conserver sa structure et ses propres moyens horaires.

1.6.6. Pour éviter l’accroissement des inégalités liées au cadre de vie, le SNUEP-FSU est favorable à ce que le travail personnel des élèves puisse être réalisé en établissement avec des moyens nécessaires via de l’emploi statutaire.

1.7. L’ÉDUCATION PRIORITAIRE NE S’ARRÊTE PAS AU COLLÈGE

1.7.1. Lors de la réforme de l’éducation prioritaire au collège, le ministère a repoussé celle du lycée. Si une phase transitoire est en cours, le SNUEP-FSU refuse tout abandon d’une carte de l’éducation prioritaire pour les LP.

1.7.2. La priorité éducative ne peut s’arrêter à la sortie du collège, sauf pour renoncer à toute culture commune. Le classement renouvelé des LP, SEP et Érea en éducation prioritaire doit tenir compte des réalités sociales et scolaires, en se fondant sur des critères nationaux et transparents.
Dans ce cadre, le SNUEP-FSU exige que les LP, SEP et Érea accueillant des publics particulièrement difficiles ou défavorisés soient classés dans l’éducation prioritaire.

1.8. INTERNATS

1.8.1. Certains EPLE conditionnent l’accès des élèves de LP aux seules places restantes. Le SNUEP-FSU le dénonce. L’accès à l’internat doit être égal quelle que soit la voie choisie.
Les places en internat doivent être au minimum gérées par bassins de formation, ouvertes à tous, garçons et filles, du CAP au BTS avec une répartition connue des places entre les différents établissements du bassin.

1.8.2. Les élèves en enseignement professionnel sont celles et ceux qui sont les plus fragiles et ont les temps de transport les plus longs. Le SNUEP-FSU demande aux régions de construire davantage d’internats pour ces élèves, afin de leur faciliter l’accès aux études.

1.9. INCLUSION DES ÉLÈVES ALLOPHONES

Tou-tes les élèves allophones doivent pouvoir bénéficier d’un temps suffisant sur tout le territoire prioritairement dans les UP2A (Unités pédagogiques pour élèves allophones arrivants) ou tout autre dispositif, afin d’acquérir une maîtrise suffisante du français pour pouvoir réussir leur inclusion dans l’EPP. Plutôt que d’attribuer des volants insuffisants d’HSE, il est nécessaire que des personnels titulaires supplémentaires spécialement formés et qualifiés accompagnent autant que nécessaire la prise en charge des élèves allophones pour faciliter leur insertion. Si nécessaire, les services de l’Aide sociale à l’Enfance doivent leur permettre de bénéficier d’une année supplémentaire pour mener à bien leur projet scolaire.