Discours introductif au congrès

En ce jour d’ouverture du 6e congrès du SNUEP-FSU, nous avons toutes et tous les yeux rivés vers un département fortement mobilisé : la Guyane, qui aujourd’hui est en grève générale. Les camarades dénoncent depuis longtemps maintenant leurs conditions de travail, la défaillance des services publics et les conditions de sécurité. Marina Boyer, secrétaire académique du SNUEP-FSU Guyane interviendra dans le débat général pour nous apporter des précisions sur les mobilisations en cours et les revendications portées. Mais déjà, le congrès du SNUEP-FSU apporte tout son soutien aux militant-es du SNUEP-FSU engagé-es dans les mobilisations, à celles et ceux de la FSU, au peuple guyanais dans son ensemble et à tous les jeunes guyanaises et guyanais scolarisé-es.
Notre congrès s’ouvre dans un contexte politique international particulièrement inquiétant. Les tensions diplomatiques s’amplifient et les conflits armés, les guerres enfoncent les populations dans des situations d’extrême détresse les obligeant bien souvent à fuir leur pays d’origine pour trouver un espoir de survie.
L’élection de Trump aux États-Unis est un coup dur porté aux droits des peuples en général et aux droits des femmes en particulier. Sa défiance légendaire face à l’Europe est aussi un prétexte pour contraindre les pays européens à adopter une politique économique ultralibérale et des politiques anti-sociales à l’image de celles qu’il orchestre dans son pays.
Racisme, islamophobie, sexisme, et libéralisation à outrance de l’ensemble des secteurs sont des choix politiques qui entravent la solidarité internationale – solidarité dont aurait besoin l’ensemble des populations pour un monde de justice et de paix. Ce sont aussi ces choix politiques qui créent les conditions et l’amplification de la montée des idées réactionnaires, des partis d’extrême droite, et des extrémismes religieux.
Les conflits aux Proche et Moyen-Orient notamment la guerre en Syrie, l’acharnement de l’occupation par l’État d’Israël des territoires palestiniens, les murs qui s’élèvent un peu partout, les attaques graves et les purges en cours qui se mènent contre la démocratie en Turquie sont là aussi des faits alarmants qui ont des conséquences dramatiques pour les populations civiles.
Ces tensions, conflits et guerres ont aussi des conséquences sur la vie politique en Europe qui voit une montée des idées d’extrême droite et des partis qui les portent dans de nombreux pays. Les politiques d’austérité menées un peu partout portent aussi une responsabilité dans ce tournant politique. La paupérisation assumée des populations par les gouvernements et les attaques terroristes font la part belle à ces partis qui s’imposent dans le débat médiatique comme des partis porteurs de solutions nouvelles alors même que le nationalisme et le libéralisme économique sont les fondements de leur politique.
Dans cette période électorale, la France n’est évidemment pas épargnée par cette banalisation réussie des partis d’extrêmes droites : un-e français-e sur deux voit dorénavant le Front national comme un parti comme un autre, 1/3 des citoyen-nes se disent prêt-es à voter pour lui dont 28 % de fonctionnaires dans les 3 Fonctions publiques d’État et 7,5 % d’enseignant-es.
Dans ce contexte, il est de notre responsabilité en tant que syndicalistes de continuer à combattre pied à pied les idées portées par les partis d’extrême droite. Et ce combat doit être mené, non pour inciter à un vote utile, là n’est pas notre rôle, mais parce que ce programme représente une attaque sans précédent contre le modèle social et les valeurs d’égalité que nous défendons et portons au quotidien, parce que les menaces contre le syndicalisme sont explicites comme celles contre notre démocratie déjà mise à mal. En ce sens nous devons porter haut et fort les valeurs inhérentes à la Fonction publique car, même si elle est aussi fragilisée par de nombreuses mesures, c’est néanmoins la Fonction publique qui garantit au mieux l’égalité sur l’ensemble du territoire.
La porosité assumée entre les idées d’extrême droite et celles de droite, les affaires judiciaires en cours des candidat-es et de plusieurs hommes politiques rendent les débats politiques mortifères. Les vraies questions, celles dont les françaises et français sont en attente de réponses concrètes comme la lutte contre le chômage, les questions d’égalité sur les salaires, à l’école, la santé… sont évacuées ou simplement traitées sous l’angle de discours d’intention.
Ces comportements politiques, cette campagne électorale de « leader » aux dépens d’une campagne d’idées et de projets ont pour conséquences d’entraîner la défiance des citoyennes et citoyens à l’égard de la question politique.
Les débats autour des questions éducatives ne sont pas épargnés par cette logique. Et lorsque l’Éducation nationale est invitée dans les discours, c’est pour promouvoir les idées réactionnaires comme celles considérant les enseignant-es comme des nanti-es, que les moyens ne servent à rien pour réduire les inégalités, que l’enseignement professionnel est trop éloigné des entreprises et ne fabriquent que des chômeuses et chômeurs. Les vieilles recettes réapparaissent aussi comme la nécessité d’un retour aux fondamentaux, le contrôle continu pour les examens, le retour à l’uniforme et l’entrée à marche forcée des entreprises dans l’école …

Concernant spécifiquement l’enseignement professionnel : les enjeux de ces élections sont, vous le savez, d’une extrême gravité.
Depuis sa création, le SNUEP-FSU n’a eu de cesse que de lutter contre l’apprentissage en démontant un à un tous les arguments biaisés et trompeurs des gouvernements successifs. À ce titre, toutes nos pensées vont à Claude Gauthier de Limoges qui nous a quitté brutalement et qui, avec son académie, a toujours été à l’offensive sur ce sujet. Le SNUEP-FSU a su créer des outils militants, être généralement à l’initiative de l’unité syndicale sur ce sujet et même au-delà avec notre présence dans des appels collectifs de chercheuses et chercheurs notamment, par l’organisation de colloques, de stages, et d’heures d’information syndicale menées au niveau local dans les établissements. Or, nous sommes maintenant à la porte de la concrétisation de ce projet réactionnaire que nous avons dénoncé et continuerons à combattre sans relâche.
Nous ne pouvons jamais être certains des résultats définitifs des élections mais les 3 candidat-es dont les intentions de vote sont les plus élevées portent tous un projet de destruction du modèle spécifique de la formation professionnelle des jeunes que les luttes progressistes ont mis plus de cinquante ans à faire advenir : à savoir la scolarisation de la jeunesse ouvrière et salariées. Le modèle d’une formation « complète et globale » pour les 700 000 jeunes que nous scolarisons est sur le point de subir un recul sans précédent.
Le Front national propose une entrée précoce dans l’apprentissage et se donne comme objectif 700 000 apprenti-es à la fin du prochain quinquennat. Le parti Les Républicains est explicite : l’enseignement professionnel doit sortir de l’Éducation nationale et serait régionalisé. L’apprentissage redeviendrait le modèle de référence et pour ce faire il propose la fusion pure et simple des CFA et des LP. Concernant les enseignant-es, le temps dans les établissements sera augmenté. Pour le mouvement « En marche », l’apprentissage sera développé par la systématisation de périodes de pré-apprentissage et par l’augmentation des filières d’apprentissage dans les LP donc amplification de la mixité et parcours et des publics. Si le programme du Parti socialiste semble moins frontal dans ces attaques contre l’enseignement professionnel public sous statut scolaire, le bilan de ce quinquennat et son action au pouvoir des régions témoignent de choix politiques assumés en faveur de l’apprentissage.

Durant les 5 années passées, certaines mesures prises dans l’enseignement professionnel public ont certes permis d’améliorer un tant soit peu nos pratiques sur le terrain comme celles relatives à l’abaissement de la charge certificative avec le retour aux épreuves ponctuelles terminales pour 3 disciplines ou l’abandon des CCF en seconde ; cependant, ces mesures n’ont aucunement permis d’améliorer les conditions d’exercice toujours ardues dans les établissements car aucun moyen spécifique n’a été dédié en ce sens ; en revanche, des sommes très importantes ont été octroyées à l’apprentissage et il est fort à craindre que cette promotion et ce financement de l’apprentissage persistent.
L’abandon des cartes de formations professionnelles aux régions, dont les politiques adéquationistes ont fait la preuve de leur inefficacité, a été aussi un coup dur porté à l’enseignement professionnel public or, aucune garantie d’un cadrage rectoral plus fort n’est d’actualité dans le programme de ce parti.
Le SNUEP-FSU s’est adressé à l’ensemble des candidats par le biais d’un questionnaire. Il publiera les réponses dans un 4 pages dédié à destination de l’ensemble des PLP.
Dans le même temps, le SNUEP-FSU porte au débat 6 priorités et 28 propositions pour l’enseignement professionnel public sous statut scolaire qu’il a publié dans son dernier journal.
1) Pour lutter contre le décrochage scolaire et la nécessité d’acquérir un premier niveau de qualification pour tou-tes : la première priorité portée par le SNUEP-FSU concerne la mise en place d’un grand plan de scolarisation des jeunes de 15 à 18 ans accompagné de moyens dédiés. Dans ce cadre, le retour au bac pro 4 ans est une nécessité au même titre que la mise en œuvre d’un CAP en 3 ans pour les élèves les plus fragiles, la diversification de l’offre de formation ou encore la nécessité de conforter les SEGPA font partie des premières propositions.
À ce titre, il est important de préciser que seul le SNUEP et la FSU travaillent techniquement et politiquement cette question de l’ASH. Et nous ne pouvons évoquer l’ASH sans une pensée émue face à la disparition brutale de notre camarade de Bordeaux, Vincent Destrian, qui a toujours eu à cœur la défense des élèves en grande difficulté scolaire.
2) Face aux inégalités scolaires : Le SNUEP-FSU propose d’améliorer les conditions d’accueil et d’enseignement des lycéennes et lycéens professionnels en réduisant les effectifs par classe, en mettant en place une allocation d’études, ou encore en améliorant les lieux de vie que sont les internats, les foyers sociaux éducatifs.
3) Face à l’évolution rapide des technologies, les métiers sont en constante mutation, ce qui nécessite l’enseignement de savoirs généraux et professionnels ambitieux, le SNUEP-FSU propose une révision des contenus disciplinaires permettant d’améliorer la réussite des jeunes dans leur projet professionnel et dans leur poursuite d’études avec aussi un enseignement de philosophie en terminale.
4) Face à la crise du recrutement des PLP dont 1 poste sur 4 est resté non pourvu en 2016 : le SNUEP-FSU porte comme priorité la mise en place d’un réel plan de pré-recrutement et l’instauration de parcours de formation au métier d’enseignant prenant en compte les spécificités de tou-tes les PLP.
5) La revalorisation salariale et les améliorations des conditions de travail sont aussi des conditions nécessaires à la réussite des jeunes. Pour cela, le SNUEP-FSU propose au débat de réduire le service d’enseignement et d’engager un véritable plan de rattrapage du pouvoir d’achat.
6) Enfin la 6ème priorité du SNUEP-FSU est la mise en place d’une politique volontariste de mixité des filières professionnelles car cette mixité est un outil incontournable pour atteindre l’égalité salariale entre les femmes et les hommes, égalité qui constitue un enjeu de justice sociale et de démocratie.
Porter notre projet éducatif pour les jeunes et les personnels de l’enseignement professionnel est un combat de tous les jours, nous le savons toutes et tous. Mais nous devons rester déterminé-es et continuer à travailler ces questions avec l’ensemble des collègues dans les établissements.
Les mois et années à venir seront certainement difficiles de ce point de vue car nous devrons, d’une part, contrer pied à pied les volontés de certain-es d’exclure l’enseignement professionnel public de l’Éducation nationale, et d’autre part, imposer une réelle revalorisation de la voie professionnelle, qui doit passer par une revalorisation des enseignements, des diplômes, des formations et des conditions de travail des personnels et d’études des élèves. Et c’est ce travail de terrain au jour le jour qui, plus que jamais, permettra de créer les conditions nécessaires des mobilisations à venir. Le poids et les positions affirmées de notre fédération sur ce sujet précis sont un atout, un levier dont nous devons nous saisir encore plus vigoureusement. Nous devons avancer aussi dans le débats d’idées pour démontrer à l’opinion publique que le projet éducatif que nous portons pour les élèves que l’enseignement professionnel public sous statut scolaire scolarise est un projet ambitieux et en ce sens la quête d’unité syndicale sera un élément essentiel pour faire vivre nos mandats et nos revendications et rendre nos luttes à venir victorieuses.
Merci et je vous souhaite à toutes et tous un excellent congrès.

Sigrid Gérardin
Co-SG